QCALVIEW : quand QGIS rencontre la photographie

Mis à jour le 16 Septembre 2026

QCALVIEW n’est pas né de l’idée de créer un logiciel de photomontage supplémentaire. Il est plutôt le résultat d’un problème récurrent auquel je suis confronté depuis des années dans mon activité : selon le type de projet à représenter, je dois travailler avec plusieurs logiciels qui ont chacun leurs qualités, leurs limites et surtout leur propre manière d’aborder la photographie.

Pour les photomontages éoliens, j’utilise un outil spécialisé et efficace pour ce type de production, mais dont certaines limites deviennent sensibles dès que l’on sort du cadre photographique pour lequel il a été conçu. La gestion des projections photographiques reste relativement contrainte et le champ visuel exploitable y est limité à 180 degrés. Cela devient problématique lorsqu’on travaille avec des panoramas plus larges, et plus encore avec des images couvrant tout ou partie importante de l’horizon.

Pour les projets solaires ou pour des scènes nécessitant davantage de liberté dans la construction et la représentation 3D, Blender offre à l’inverse des possibilités presque sans limite. C’est un outil considérablement plus souple, mais aussi beaucoup plus lourd à prendre en main lorsqu’il s’agit simplement de caler correctement une scène sur une photographie existante. Il faut construire l’environnement, importer les données, régler la caméra, vérifier les projections et maintenir une cohérence entre ce qui existe dans le SIG et ce qui a été transféré dans le logiciel 3D. Et ce qui vaut pour Blender, vaut pour tout autre logiciel 3D (SketchUp, 3ds Max etc …) .

A priori ces deux outils sont très différents. Pourtant, après des années d’utilisation, le même problème finit toujours par apparaître : avant même de représenter le projet, il faut réussir à déterminer précisément ce que montre la photographie en terme de « fenêtre visuelle ».

Autrement dit : son champ visuel .

Cette question peut sembler secondaire jusqu’au moment où l’on commence réellement à produire des photomontages, notamment sur base de panoramas : une photographie n’est pas seulement une image prise depuis des coordonnées connues mais il faut déterminer son orientation, son angle horizontal, son angle vertical, son tangage et, dans le cas d’un panorama assemblé à partir de plusieurs clichés, comprendre exactement quelle portion de l’espace est contenue dans l’image finale.

Lorsque le panorama s’étend sur 120, 180, 240 ou 360 degrés, les choses deviennent encore plus intéressantes, car on ne peut plus nécessairement considérer l’image comme une simple photographie rectiligne. Selon la méthode d’assemblage, elle peut relever d’une projection cylindrique ou équirectangulaire, et la relation entre les pixels de l’image et les directions observées sur le terrain change avec elle.

J’ai également cherché du côté des logiciels de photogrammétrie, mais leur logique répond à un autre besoin : ils exploitent principalement les caractéristiques des prises de vue et l’appariement de points entre plusieurs images afin de reconstruire la géométrie d’une scène. Cela ne répondait pas directement à mon problème : déterminer et contrôler simplement, dans le SIG, le champ visuel et l’orientation géographique d’un panorama déjà assemblé.

C’est finalement autour de cette question que QCALVIEW a commencé à prendre forme.

Le problème n’est pas tant de dessiner que de savoir où dessiner

Lorsqu’on travaille dans QGIS, pratiquement toutes les informations nécessaires à la compréhension géographique d’un projet sont déjà présentes. Le point de prise de vue possède des coordonnées, le modèle numérique de terrain est disponible, les bâtiments et les infrastructures peuvent être présents sous forme de couches vectorielles, tout comme les implantations d’éoliennes, les tables photovoltaïques ou les futures mesures paysagères.

Puis arrive le moment de produire une représentation photographique, et une partie de ces informations doit soudainement quitter le SIG.

Il faut exporter les données vers un autre logiciel, parfois dans des formats intermédiaires, reconstruire certains éléments, vérifier les systèmes de coordonnées et s’assurer que le logiciel destinataire interprète correctement ce qui lui est transmis.
Certaines passerelles existent, mais elles ne sont pas toujours simples, universelles ou gratuites. Selon les solutions employées, accéder à certaines fonctions d’import ou d’export peut également supposer des licences ou des modules supplémentaires.

Le paradoxe est assez évident : QGIS connaît déjà la position du photographe, celle du projet et la forme du terrain, mais au moment où l’on souhaite savoir où ces éléments devraient apparaître dans la photographie, il faut souvent transporter une partie de cette information ailleurs.

QCALVIEW part donc d’une idée beaucoup plus pragmatique : effectuer cette opération directement dans QGIS.

La photographie devient une représentation supplémentaire de la donnée géographique, au même titre que la carte ou la vue 3D. L’objectif n’est pas de remplacer systématiquement les logiciels « historiques », chacun reste pertinent pour certains usages.
Il s’agit plutôt de conserver le plus longtemps possible la géométrie du projet dans son environnement naturel, c’est-à-dire le SIG, et de pouvoir y effectuer directement les opérations de calibration, de contrôle et de projection, pour ensuite transférer les résultats dans des logiciels qui permettent de poursuivre la « création ».

Retrouver le champ visuel dans le SIG

Le premier enjeu est donc de faire correspondre une photographie au monde géographique.

capture qcalview
QCALVIEW dans QGIS : le champ visuel est matérialisé directement sur la carte tandis que les données géographiques sont projetées dans le panorama correspondant.

À partir de la position de prise de vue et des caractéristiques de l’image, QCALVIEW permet de travailler sur son orientation et son champ visuel afin de déterminer la portion de territoire qu’elle représente réellement.

Sur une photographie classique, on retrouve une logique proche du modèle géométrique d’un appareil photo. Sur un panorama assemblé, la question dépend de la projection utilisée et de l’étendue de l’image. Une photographie rectiligne et un panorama équirectangulaire à 360 degrés ne peuvent évidemment pas être traités de la même manière.

Cette prise en charge des différents types de projection est devenue l’un des axes importants du développement, précisément parce qu’elle correspond à une difficulté que les outils spécialisés ne résolvent pas toujours de manière satisfaisante lorsque l’on commence à utiliser des images qui sortent de leurs cas d’usage habituels.

Une fois ce calage effectué, les objets présents dans QGIS peuvent être projetés directement dans l’image. Une éolienne, un ensemble de tables photovoltaïques, un bâtiment ou une haie ne sont plus positionnés « à l’œil » : leur place dans la photographie découle de leur position géographique et de la géométrie de la prise de vue.

Le relief entre également dans l’image

Placer correctement un objet dans la photographie ne suffit cependant pas. S’il se trouve derrière une colline, il ne doit pas apparaître simplement parce que sa projection mathématique tombe à cet endroit de l’image.

Le modèle numérique de terrain prend alors une importance particulière. Dans QCALVIEW, la topographie participe au calcul de la visibilité et permet de déterminer quelles parties d’un élément doivent être masquées par le relief. Le développement s’est progressivement orienté vers une véritable gestion de la profondeur, afin que les objets éloignés puissent également être occultés par des éléments plus proches.

C’est une différence importante entre une simple superposition graphique et une simulation visuelle utilisant réellement la géométrie du territoire.

Cette logique permet aussi de travailler sur des éléments qui ne sont pas nécessairement le projet lui-même. Une haie peut par exemple être simulée pour vérifier son effet depuis un point de vue donné. Sa position et sa hauteur déterminent alors ce qu’elle est réellement capable de masquer dans l’image.

Le photomontage peut ainsi intervenir plus tôt dans la réflexion. Il ne sert plus seulement à fabriquer l’illustration définitive d’un scénario déjà arrêté, mais aussi à tester une implantation, une hauteur ou une mesure paysagère.

Éviter de reconstruire plusieurs fois le même projet

C’est probablement là que se trouve, pour moi, l’intérêt principal de l’intégration dans QGIS.

Dans un projet classique, une quantité importante de travail est consacrée à préparer la donnée géographique. Le terrain est analysé, les implantations sont contrôlées, les points de vue sont positionnés et différentes couches sont produites pour comprendre l’environnement du projet.

Lorsqu’il faut ensuite exporter ces informations vers un autre outil pour fabriquer une simulation, on crée inévitablement une seconde représentation du projet. Elle doit être importée, configurée puis maintenue à jour lorsque les données changent. Et cela peut introduire des erreurs.

QCALVIEW cherche à réduire cette duplication.

Si une éolienne est déplacée dans QGIS, la logique consiste à ce que son déplacement puisse être visible immédiatement depuis le point de vue photographique. Si une hauteur change ou si une implantation photovoltaïque est modifiée, il ne devrait pas être nécessaire de reconstruire intégralement une scène dans un logiciel externe simplement pour contrôler l’effet de cette modification.

Cela ne signifie pas que QGIS doit tout faire. Blender restera incomparablement plus puissant dès qu’il s’agit de modélisation 3D avancée, de matériaux, d’éclairage ou de rendu photoréaliste. Un logiciel spécialisé dans l’éolien peut également offrir des outils métier extrêmement efficaces pour produire certains documents normalisés.

QCALVIEW cherche plutôt à occuper l’espace situé entre ces différents outils : celui où l’on doit relier précisément une donnée géographique, un terrain et une photographie.

Du cliché classique au panorama à 360 degrés

Le travail sur les panoramas est une conséquence assez directe de cette approche.

Les appareils numériques, les logiciels d’assemblage comme Hugin et les caméras panoramiques permettent aujourd’hui de produire facilement des images couvrant des champs très importants. Or ces images sont particulièrement intéressantes dans les études paysagères, puisqu’elles permettent de replacer un projet dans une portion beaucoup plus large de son environnement.

Encore faut-il pouvoir – ou savoir – les exploiter géométriquement.

QCALVIEW prend donc en charge différents modèles de projection pour travailler aussi bien avec une photographie classique qu’avec des panoramas cylindriques ou équirectangulaires. Le développement sur ces modes est toujours actif, notamment sur la gestion de la profondeur, des limites de l’image et du raccord particulier que représente le passage de 360 à 0 degré sur un panorama complet.

Ce sont précisément ces cas un peu particuliers qui m’ont poussé à aller plus loin dans le développement. Lorsque les outils existants répondent à 90 % d’un besoin, ce sont souvent les 10 % restants qui finissent par prendre le plus de temps dans un workflow professionnel.
Mais cela a permis d’étendre son application à d’autres usages, notamment la prise de vues par drones.

Un outil construit à partir de la pratique

QCALVIEW reste aujourd’hui un projet en développement, mais sa logique est directement liée à mon activité chez ArcTan°. Depuis plus de dix ans, je travaille sur des simulations visuelles et des photomontages destinés notamment aux études d’impact de projets éoliens, photovoltaïques et agrivoltaïques.

Le plugin s’est donc construit autour de problèmes rencontrés en production, plutôt qu’à partir d’un cahier des charges théorique. Certaines fonctions sont apparues parce qu’un type de panorama était difficile à exploiter, parce qu’un calage photographique demandait trop d’allers-retours entre plusieurs logiciels ou parce qu’il devenait intéressant de vérifier directement l’effet d’une modification du projet depuis plusieurs points de vue.

QGIS sert depuis longtemps de socle à une grande partie de ce travail. Il était finalement assez logique de chercher à y ramener aussi cette étape de la simulation photographique.

QCALVIEW est désormais disponible sur le dépôt officiel des extensions QGIS, dans le canal des plugins expérimentaux. Le travail se poursuit sur les projections panoramiques, la gestion de la profondeur, les performances, les outils de calibration, les exports et l’intégration future avec Processing afin d’automatiser davantage certaines productions.

Il ne s’agit pas de faire de QGIS un remplaçant universel de tous les outils de photomontage ou de 3D. L’objectif est plus simple : éviter de sortir du SIG chaque fois qu’il faut répondre à une question qui est, au fond, profondément géographique.

Où se trouve l’objet, où se trouve l’observateur et où cet objet doit-il apparaître dans la photographie ?

C’est autour de cette question que QCALVIEW continue aujourd’hui de se développer.

Le projet, sa documentation et les versions disponibles sont présentés sur [QCALVIEW, extension de projection photographique et de simulation visuelle pour QGIS].