
La représentation visuelle d’un projet éolien ou photovoltaïque n’est jamais une simple affaire d’image.
Elle engage une méthode : choix du point de vue, de la focale à utiliser, du champ visuel à présenter, du type de projection à utiliser, distance de lecture, format d’impression, niveau de détail, données de calage et capacité de vérification.
C’est précisément pour cette raison que les photomontages dédiés aux études d’impact ne devraient pas être traités comme de simples illustrations ou support de communication. C’est en quelque sorte de la représentation architecturale, du perspectivisme, mais sans la passe de séduction : on ne cherche à pas embellir ou à meubler des vues avec de la lumière dorée et une population issue de packs de silhouettes ou de scans 3D massifs.
Ils doivent permettre à un service instructeur, à une autorité environnementale, un élu, un riverain ou à un commissaire enquêteur de comprendre ce qui sera visible, depuis où, dans quelles proportions, et avec quelles limites de lecture.
Des pratiques françaises largement inspirées des méthodes britanniques
Les pratiques françaises en matière de photomontage éolien ne sont pas apparues ex nihilo : elles se sont largement construites dans le sillage des recommandations britanniques, en particulier des travaux écossais relatifs à la représentation visuelle des parcs éoliens.
– en France, on n’a pas pas de pétrole, et pas d’idée non plus apparemment …
Ce point mérite d’être rappelé : les règles britanniques ne sont pas de simples habitudes de bureau d’études.
Elles sont le résultat d’un long travail de clarification méthodologique, nourri par de la recherche spécifique sur la perception des visualisations, des retours d’expérience, des enquêtes publiques, des débats contradictoires.
Les questions de focale, de champ visuel, de format de restitution, de distance d’observation ou de vérification géométrique n’ont pas été fixées au hasard.
Au Royaume-Uni, ces sujets ont fait l’objet d’une véritable culture technique.
La représentation visuelle y est reconnue comme une spécialité à part entière, bien au-delà de la simple production graphique, qui mobilise des compétences de terrain, de photographie, de paysage, de modélisation 3D, de projection géométrique et de restitution imprimée : c’est de la photographie LVIA ou TVIA pour Landscape & Visual Impact Assessment ou Townscape & Visual Impact Assessment.
L’objectif étant de sortir de l’illustration persuasive pour produire un document contrôlable – c’est à dire duquel on puisse reprendre l’ensemble des données pour le vérifier : photographie de référence, panorama de contexte, vue filaire, photomontage, indication du champ horizontal, distance de lecture, données de prise de vue, cohérence entre photographie et modèle 3D.
Les types de rendus sont rangés par niveaux de précision : AVR level 0 to 3
C’est cette logique qui a ensuite infusé les pratiques françaises.
En France, le guide relatif aux études d’impact des parcs éoliens terrestres reprend une partie de cette culture méthodologique : capteur 24×36 mm, objectif de 50 mm, prise de vue sur trépied, coordonnées du point de vue, axe de prise de vue, hauteur de prise de vue, restitution pleine page, distance orthoscopique. Le 50 mm s’y impose comme une référence, avec un champ horizontal d’environ 40°.
Mais la transposition française n’a pas toujours été parfaitement maîtrisée. Et on y perd notamment la logique des choses, sans mention de sources.
La version 2020 du guide national a introduit une lecture très prescriptive de la vision humaine, notamment à travers l’idée d’un champ binoculaire de 120° à restituer sous forme de trois photographies de 40°. Cette proposition a rapidement montré ses limites : elle ne correspondait pas toujours aux usages établis, aux formats réellement lisibles, ni aux attentes opérationnelles des services instructeurs.
Les documents produits se sont révélés outrageusement lourds et de formats non maitrisés, puisqu’issues d’une logique incomprise
Ainsi les DREAL Hauts-de-France, Grand Est et Normandie ont d’ailleurs publié en 2021 une note complémentaire pour préciser les conditions de réalisation des photomontages dans les dossiers éoliens.
Ce réajustement est révélateur : la méthode ne peut pas se réduire à une règle graphique unique, elle doit articuler plusieurs niveaux de lecture.
Une vue panoramique permet de comprendre le contexte, les parcs existants, les covisibilités et les effets cumulés.
Une vue à taille réelle, plus resserrée, permet d’apprécier les rapports d’échelle à une distance de lecture donnée.
Une cartographie permet de situer le cadrage et les enjeux.
Une coupe permet de contrôler les rapports topographiques.
Aucun de ces outils ne remplace les autres.
Le fond du sujet est là : une visualisation sérieuse n’est pas une image spectaculaire. C’est une image vérifiable.
Cette distinction est essentielle aujourd’hui, car les règles appliquées aux projets photovoltaïques reprennent à leur tour une partie de cette culture issue de l’éolien.
Le photovoltaïque impose cependant une autre géométrie : projets plus bas, souvent plus étendus horizontalement, parfois plus proches des lieux de vie, avec des effets de lisière, de clôture, de haie, de topographie fine et de saisonnalité végétale.
Le cas du photovoltaïque : une autre géométrie, mais des héritages communs
Les projets photovoltaïques au sol ne se lisent pas comme les projets éoliens.
L’éolien est vertical, souvent visible de loin, avec des effets de silhouette, de covisibilité, de saturation et d’échelle territoriale.
Le photovoltaïque est plus bas, plus horizontal, souvent plus proche des lieux de vie ou de circulation, et davantage lié à l’emprise foncière, à la topographie fine, aux clôtures, aux pistes, aux locaux techniques, aux haies et aux filtres visuels.
Pourtant, les méthodes de représentation du photovoltaïque doivent reprendre une partie des usages établis pour l’éolien : choix argumenté des points de vue, photomontages avant/après, localisation des prises de vue, analyse depuis les lieux sensibles, prise en compte de la végétation et des saisons, restitution claire en grand format.
C’est dans ce contexte qu’apparaît la demande de vues à 60° de champ horizontal pour certains projets photovoltaïques.
J’imagine que cela résulte du fait qu’un certain nombre de producteurs de photomontages, attirés par l’opportunité ont – par facilité technique, ignorance ou simple transposition de « traditions » photographiques – présenté des vues à champs très larges permises par les derniers smartphones ou petits capteurs, avec des résultats plus que discutables, voire médiocres.
Pourquoi 60° plutôt que 40° ?
Une vue au 50 mm plein format correspond à environ 40° de champ horizontal. C’est une valeur intéressante pour produire une représentation technique précise, avec peu de déformation, et pour disposer d’une base de comparaison maîtrisée.
Elle ne correspond toutefois pas au champ visuel monoculaire humain au sens physiologique, qui est beaucoup plus large.
Il s’agit plutôt d’un cadrage de référence, centré sur une portion de vision attentive, utile pour apprécier les proportions et contrôler la cohérence géométrique d’un photomontage.
Pour un projet photovoltaïque, ce champ de 40° peut cependant être trop étroit. Un parc solaire s’inscrit de manière horizontale, basse et étendue dans le paysage. Limiter la vue à 40° peut couper les éléments de contexte nécessaires à la compréhension du site : lisières, haies, relief, bâti, chemins, horizon, continuités paysagères.
Le choix d’un champ horizontal de 60° permet alors un compromis plus pertinent : il conserve une lecture technique maîtrisée, sans basculer dans le panorama très large, tout en donnant suffisamment de contexte pour évaluer l’insertion paysagère réelle du projet.
Sur un appareil plein format, 60° de champ horizontal correspond à une focale d’environ 31 mm. En pratique, une prise de vue au 28 mm peut être utilisée comme base d’acquisition, puis recadrée proprement à 60°, après correction optique, si la méthode est documentée.
Le point important n’est donc pas de fétichiser une focale mais de garantir le champ final présenté, la projection utilisée, la cohérence du calage et la lisibilité de la restitution.
Le malentendu autour des panoramas
Certains documents administratifs se méfient des photographies panoramiques, au motif qu’elles déformeraient la perception du paysage. Cette réserve est compréhensible lorsqu’un panorama est utilisé comme une image spectaculaire, mal maitrisée, trop large ou imprimée trop petit.
Mais je pense que le problème réside dans le terme Panorama : on fait l’amalgame entre une vue produite avec focale courte , qu’on qualifie de « panoramique », et le travail d’assemblage d’images et de projection pour étendre le champ visuel.
Vous avez certainement déjà pu observer des photos de promotion immobilière réalisées au 14 ou 20mm d’intérieurs proprets et spacieux qui se révèlent complètement différents quand vous les visitez : c’est la technique employée par les photographes immobiliers ou aménageurs d’intérieur pour données des impressions d’espace dans des milieux réduits.
La perspective y est très marquée, l’effet est graphique et peut donner également un aspect « professionnel » si la prise est maitrisée. Mais elle reste, quelque part, mensongère.
C’est au delà de 60° de HFOV que la perspective est marquée et que l’on commence à percevoir les déformations d’échelle sur les bord de l’image.
Ainsi plus le champ horizontal augmente, plus cette déformation de perspective devient perceptible.
Pour présenter un champ visuel supérieur sans obtenir ces déformations il faut reprojeter l’image, en quelque sorte pour simuler un capteur « bombé » ou en forme de cylindre – qui permet d’obtenir quelque chose de plus fidèle visuellement ; il a existé des appareils photo argentiques à capteur panoramique qui permettent d’obtenir un champ visuel de 120° – comme les Widelux , horizon ou noblex avec différentes techniques : objectif rotatif et/ou film sur plan courbe.
Une projection cylindrique est adaptée aux vues larges et ne poursuit pas le même objectif qu’une vue rectilinéaire : elle permet de restituer un balayage angulaire étendu, en limitant l’étirement latéral propre aux grands champs rectilinéaires.
Au format numérique, le capteur étant plat, la méthode la moins onéreuse est de réaliser ce travail en poste production : prise, assemblage, reprojection.
Elle est pertinente pour présenter un contexte paysager, une séquence visuelle, une analyse de covisibilité ou une saturation.
Mais elle demande un savoir-faire, une maitrise technique, de la prise de vue.
En revanche, pour une vue technique destinée à être lue comme une photographie unique, avec une distance d’observation et un format donné, la projection rectilinéaire reste souvent préférable. D’où l’intérêt de produire des secteurs normalisés : 40°, 50°, 60°, 120° découpé, ou plusieurs vues successives selon le projet et la doctrine attendue.
Ce que doit démontrer une méthode sérieuse
Une représentation visuelle défendable doit préciser :
- le matériel utilisé ;
- la focale ou le champ horizontal final ;
- la projection retenue ;
- la hauteur de prise de vue ;
- les coordonnées du point de vue ;
- l’azimut ou l’axe de visée ;
- la date et l’heure ;
- les conditions météo ;
- les fichiers sources disponibles ;
- la méthode de calage du modèle ;
- le format de restitution ;
- la distance de lecture recommandée.
Ces éléments ne sont pas accessoires. Ils permettent de distinguer une illustration commerciale d’un document technique.
Éolien, photovoltaïque : une même exigence de rigueur
Les projets éoliens et photovoltaïques ne se représentent pas de la même manière, mais ils appellent la même exigence : ne pas minimiser, ne pas dramatiser, ne pas embellir artificiellement. La bonne représentation est celle qui permet de comprendre.
Elle doit montrer le projet dans son contexte, avec des proportions justes, des hypothèses explicites et des limites assumées.
Elle doit aussi être adaptée au type de projet : 50 mm ( donc 40° de HFOV ) pour certaines vues techniques éoliennes, 60° pour certaines vues photovoltaïques, panoramas de contexte lorsque le paysage doit être lu dans sa continuité, vues rapprochées lorsque l’impact se joue à l’échelle du cadre de vie.
C’est cette articulation qui fait la différence entre un photomontage simplement produit et un photomontage réellement défendable.
Une compétence à la croisée de la photographie, du SIG et de la simulation
Produire ce type de document suppose de maîtriser plusieurs chaînes techniques :
– Prise de vue terrain
– Assemblage panoramique
– Géoréférencement
– Analyse cartographique
– Modélisation 3D
– Mise en page et contrôle de cohérence.
C’est là que se joue la qualité d’un dossier.
Un photomontage n’est pas seulement une image finale. C’est le résultat d’une méthode complète, depuis le choix du point de vue jusqu’à la restitution imprimable ou numérique.
Et dans un contexte où les attentes des services instructeurs et des autorités environnementales se précisent, cette maîtrise devient un véritable enjeu de sécurité méthodologique pour les porteurs de projets.
ArcTan° intervient sur cette chaîne complète : prise de vue terrain, géoréférencement, photomontage, simulation 3D, analyse de visibilité, mise en page technique et contrôle méthodologique des livrables.
